Mercredi 19 avril 2000

Traversée entre Great Inagua Islande (Bahamas) vers Naranjo (Cuba).

Nous avons donc quitté la petite Ile de Culebra, navigué le long de Porto Rico pour atteindre après deux jours de navigation la magnifique île de la République Dominicaine afin d'y faire une brève halte avant de repartir vers Cuba. La République Dominicaine, ou Saint Domingue selon, véritable paradis tropical avec ses fantastiques montagnes verdoyantes qui se jettent dans l'océan. Cette région riche en contrastes se distingue à la fois par ses montagnes, les trois cordillères, dignes des Alpes dont le plus haut sommet, le fameux pic Duarte, culmine à 3087 mètres d'altitude et par la somptueuse péninsule de Samana à l'ouest du pays, cliché à elle seule avec ses criques secrètes, sa réserve naturelle de cocotiers et ses plages de sables blancs qui n'en finissent pas. Pour l'ensemble de l'équipage, les plus belles côtes des Caraïbes, sauvages, verdoyantes avec quelques rares villages de pêcheurs. Sans carte de détail, nous sommes arrivés à Las Terenas après une navigation hasardeuse, avançant dans un labyrinthe composé de patates de corail jusqu'à arrivé à ce petit village complètement camouflé derrière des cocotiers. A peine arrivé, le responsable des affaires maritimes du coin est venu à notre rencontre, nous demandant notre "clearance", papier signifiant qu'on a fait toutes les démarches administratives d'entrée : douanes et immigration. Cette clearance est obligatoire chaque fois que l'on rentre dans un pays par la mer. Le problème est que Las Térénas n'est pas un port d'entrée, juste un simple mouillage. L'officier habillé en tennis, tee shirt et maillot de bain, nous dit d'aller à Samana faire notre déclaration d'entrée. Seulement Samana se trouve à plus d'une journée de navigation et que sans carte de détail on ne rentre pas dans cette baie de Samana, truffée de corail. Il nous dit de rester à bord le temps qu'il revienne avec son supérieur, le grand capitaine des douanes de Samana, se trouvant à plus de deux heures par la route traversant la montagne. On attend patiemment, prenant le temps de déjeuner et de nettoyer le bateau quand deux nageurs français viennent à notre rencontre à la nage. On leur propose de venir prendre le café à bord. Ca fait quinze ans qu'ils viennent ici en vacances, et c'est la première fois qu'ils voient un voilier ancré devant leur village. Jamais personne n'avait osé venir jusqu'ici, les récifs ayant fait de nombreux naufragés. On leur explique qu'on n'a pas le droit de débarquer. " vous savez, ici les douaniers, ils peuvent revenir dans trois ou quatre jours, s'ils viennent ! Profitez du pays, débarquez deux par deux, vous n'aurez aucun problème." Je décide de descendre avec Gilles, Ludo et Thierry restant au cas où le grand commandant arrive. On débarque à la nage pour une plus grande discrétion jusqu'à atteindre la magnifique plage de sable blanc. Les deux Français, Philippe et Domingo, nous propose de visiter le village derrière leur moto. Ici tout le monde circule à moto. Ils sont souvent trois ou quatre personnes sur chaque deux roues. C'est à celui qui roulera le plus vite. Et ici, pas de casque, pas de priorité, tu roules où tu peux, à gauche, à droite en évitant les nombreux nids de poule. Ils parlent espagnol et ont vraiment le sang chaud. Tout le monde te dit bonjour "Hola ! ", te fait un petit geste de la main, les filles te font de larges sourires, chaud chaud. Nos amis nous montrent la banque pour retirer des pesos, les endroits où on peut téléphoner en France "pour l'instant l'émetteur est en panne, mais peut être ce soir ?", les coins sympas pour dîner et sortir le soir, car ici, contrairement à tous ce qu'on a vu aux Antilles, la vie nocturne est très importante, tout le monde y participe. Plein les yeux et les oreilles, musique à chaque coin de rue, on rentre retrouver les deux autres sur a l'anciennne. C'est à leur tour d'aller sur le sol Dominicain. Thierry, notre chef de bord, préfère aller voir le responsable -venu le matin - pour le prévenir qu'ils sont descendus pour aller téléphoner. Thierry reconnut l'officier vêtu cette fois ci d'un sac plastique autour de lui "il commence à faire frisquet ". Les voyant arrivé, n'en croyant pas ses yeux, il les emmena directement au commissariat de police. Deux jeunes policiers, fusil à la main et cartouchière autour de la taille, les conduisirent à l'école française pour avoir un traducteur. Thierry leur expliqua qu'il voulait juste passer un coup de fil, puis retourner sur le bateau. " Maintenant vous restez avec nous jusqu'à l'arrivée du grand commandant". Pendant ce temps là, accompagnés de leur traducteur et de leurs deux gardes du corps, ils visitèrent tranquillement la ville. C'est au bout de deux heures que le grand commandant rappliqua. Lui aussi vêtu de tennis et tee-shirt, rien à voir avec nos bons douaniers français. Ils nous retrouvèrent sur le bateau. Ils étaient à quatre pour contrôler le navire : un seul en uniforme, le plus sympathique, qui vérifiait nos passeports, mais ne notant sur une ancienne facture juste les prénoms de Thierry et de Ludo, ainsi que le port d'attache du bateau. Un autre fit une brève visite, essayant en vain d'ouvrir notre caisse à outil, ainsi que le sac où Gilles range son duvet, et enfin scrutant notre pharmacie. La fouille dura une bonne minute pas plus. Ils en conclurent qu'on devait retourner à Samana faire notre clearance. "Sans carte de détail on n'y va pas, mais on peut louer une voiture pour s'y rendre afin de faire les formalités " mais ils n'ont rien voulu entendre. Il nous fallait partir demain. Notre traducteur, avec qui Thierry et Ludo avaient sympathisé, nous dit devant les douaniers qui ne comprenaient pas un mot de français, qu'une fois la nuit tombée, on pouvait se rendre en ville à la nage sans risque. Ce que bien sûr on fit. Discrètement, on débarqua tous les quatre sur la plage, puis on se dirigea vers un petit restau que nos amis nous avaient indiqué. Poulet grillé au menu. Ensuite on sortit dans un bar où on rencontra un groupe d'Américains. A la fermeture on les invita à bord boire un dernier verre afin qu'ils visitent le bateau. Seul les plus courageux vinrent à la nage. Ils restèrent jusqu'à quatre heure du matin. On les raccompagna en annexe avec Ludo, seulement un petit comité d'accueil nous attendait. Le commandant avait dépêché deux gardes qui étaient censés nous surveiller toute la nuit. Ils ne comprirent pas ce que venaient faire des Américains à bord de l'annexe, n'ayant vu personne embarquer sur notre bateau. Ils acceptèrent que les Américains débarquent mais nous obligèrent formellement de retourner d'où on venait, ce que bien sûr on exécuta. C'est le commandant en personne qui vint nous réveiller à 10 heures du matin pour nous sommer de déguerpir le plus rapidement possible. L'annexe était accrochée derrière le bateau, avec à l'intérieur nos chaussures recouvertes de sable. Il ne nous donna pas cinq, mais deux minutes pour quitter les lieux. Après avoir passer une bonne soirée en compagnie des Dominicains et des Américains, nous remontons l'ancre, cette fois- ci en direction de Cuba. Là un autre comité d'accueil nous attend. Avec l'embargo américain, on est obligé avant de mettre le pied à terre, de passer par six contrôles de douanes. Mais ceux là ne semblent pas rigoler. D'ailleurs ils ne sont pas en Tee-shirt et basket… Le voyage continue.

Fabien et l'équipage d'a l'ancienne.